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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 19:54

-          Papa, je peux te rappeler, j’ai un truc à faire. Lui dit-elle prise de stupeur.

Elle était pourtant sûre d’avoir lancé la totalité des coquilles dans la coupe et il n’y avait rien sur la table. Son père habitué à ses conversations à sens unique ne chercha pas plus loin, il lui dit qu’il l’aimait et raccrocha. Léa posa le téléphone sur la table, ne lâchant pas des yeux cet objet qu’elle avait l’impression de découvrir à nouveau. Par quel tour de passe-passe cela avait-il pu se produire. Peut-être s’agissait-il, d’un truc de magicien celui avec un faux fond. Elle tenait l’objet dans ses mains et le retourna. Le poing fermé, elle toqua les bords et le dessous mais aucun bruit creux. Du plâtre, rien que du plâtre. Elle regardait attentivement le contour de la coupe à la recherche de quelque chose qui aurait pu lui indiquer le piège. Mais rien. La coupe était semblable à n’importe quel souvenir acheté dans un bazar grec. La jeune femme était face à un mystère, et elle avait besoin d’en avoir le cœur net. Elle voulait voir comment la disparition, si disparition il y avait, se produisait. Elle prit l’unique pistache qui lui restait. Debout face à sa table de cuisine, elle retenait sa respiration lorsqu’elle posa le fruit au beau milieu du vase. Elle avait les yeux grands ouverts, craignant de cligner des paupières et de louper le tour mais rien ne se produisit. Quelques secondes passèrent et la pistache était toujours là. Elle était toujours debout et n’avait pas bougé. Elle était sûre d’elle, quelque chose avait fait disparaitre les dizaines de coques qu’elle avait lancées à l’intérieur auparavant. Mais quoi ?  Et comment ? Léa mis les mains sur ses hanches, elle avait besoin de réfléchir. Elle tourna la tête en direction du salon. Peut-être quand allant sur internet, elle trouverait la solution, il devait s’agir d’un tour de magie. Lorsque son regard se fixa à nouveau sur l’intérieur de la coupe, elle ne put que pousser un cri de surprise. La pistache avait disparu. Il avait suffi qu’elle quitte un instant l’objet des yeux pour que le miracle s‘accomplisse. Elle n’en revenait pas. Elle ne l’avait pas touché, elle n’avait rien bougé sur la table depuis qu’elle avait déposé le fruit. Mais il s’était bel et bien évaporé. Il fallait qu’elle trouve la solution à ce mystère. Elle prit son téléphone fixe dans sa main et le déposa debout au centre. L’objet en plastique noir était bien plus gros que la pistache donc s’il s’agissait d’un faux fond, il ne passerait pas, car il était bien trop large pour rentrer dans le pied de la coupe. Et s’il tentait de disparaitre, cela prendrait sans doute plus de temps. Ce coup-ci, elle ne le quitterait pas des yeux ! Même si elle devait patienter. Léa était arc-boutée au-dessus de sa table de cuisine, elle voulait être juste au-dessus de son téléphone pour voir comment pouvait s’ouvrir le mécanisme et à quel moment cela allait se produire. Elle gardait les yeux grands ouverts pour ne rien louper. Au bout d’une bonne minute d’attente alors que le téléphone était toujours posé au même endroit et qu’à priori rien ne se passait, Léa sentit que ses yeux commençaient à la picoter. Ils n’étaient pas habitués à une telle gymnastique et le clignement devenait urgent. Elle avait beau lutter, il fallait qu’elle ferme les yeux un millième de seconde pour leurs permettre de s’humidifier. Mais, elle se doutait de ce qui allait se passer. Le téléphone disparaitrait. Elle prit cependant le risque. Et le résultat fut celui qu’elle attendait. Il avait disparu, pile à ce moment-là. Comme si, la coupe avait besoin de ne pas être vu pour réaliser son tour. La jeune femme se demandait comment cela pouvait être possible. Il ne devait pas s’agir de tour de passe-passe, car il fallait activer le mécanisme pour faire disparaitre les choses et elle n’avait rien touché. Et la magie n’était au final que de l’illusion. Mais là, il n’y avait aucun magicien assit à ses côtés, elle était seule dans son appartement et elle se trouvait face à une énigme.

Léa avait besoin de découvrir ce qui se produisait. Les pistaches et son téléphone avait disparu et maintenant qu’elle y repensait, les deux photos de sa grand-mère, elle était sûre de les avoir posé là tout à l’heure. Elles avaient donc aussi disparu. Mais pour aller où ? Elle souleva à nouveau la coupe, sonda le pied mais rien ne se produisit, elle se risqua même à caresser du bout des doigts l’intérieur pour voir si elle sentait quelque chose, mais seul le grain de plâtre glissait sous ses doigts.


 

C’était la fin de journée, et alors que Thelma était sur le point de fermer sa boutique d’antiquités, elle découvrit quelque chose qui l’a mis une fois de plus en colère. Quelqu’un s’était encore amusé à prendre ses objets pour des poubelles. Et un en particulier. La coupe en plâtre d’imitation grecque qu’elle avait achetée quelques livres des années auparavant. Cette fois-ci, celle était remplie de coques de pistaches ainsi que de deux vielles photos et d’un combiné de téléphone fixe. Comment les gens pouvaient-ils se montrer aussi irrespectueux. Elle avait beau changé cet objet de place, c’était à chaque fois la même chose. A croire que depuis des années, les clients prenaient ce vase pour une poubelle, un vide-poche. Dans un coin de son arrière-boutique, elle avait même créé une boite qui regroupait certains de ces détritus. Des jeux de clés qu’aucun propriétaire n’avait jamais réclamé, quelques bijoux sans grande valeur, de petits objets de décoration en porcelaine et une montre sans parler des punaises, des trombones, des piles qu’elle avait jeté à la poubelle au fur et à mesure. Mais aujourd’hui c’était un téléphone qui bien évidemment ne fonctionnait plus. Thelma prit la coupe dans sa main ainsi que le téléphone et les deux photos dans l’autre. Elle posa le vase sur son comptoir ! Au moins là, personne n’oserait mettre quoique ce soit dedans. Et peut-être qu’elle pourrait enfin le vendre. D’ailleurs le prix avait encore disparu. La  vieille femme prit une étiquette dans le tiroir situé juste sous sa caisse enregistreuse et nota le prix de sa plus belle écriture.

« 19,99£ »

Elle glissa l’étiquette dans le fond de la coupe et prit les objets qu’elle venait de retrouver pour les emmener dans l’arrière-boutique. Elle ne vit donc pas le bout de papier disparaitre d’un coup…

 

 

…Pour réapparaitre dans la coupe de Léa qui était parti chercher son téléphone portable pour filmer la prochaine disparition. Lorsqu’elle revint dans la cuisine, l’étiquette de prix se trouvait là. Comme si elle y avait toujours été. La jeune femme était interloquée. Une apparition, il ne manquait plus que ça. Si cela n’avait pas été un héritage de sa défunte grand-mère, elle aurait sûrement pensé à une caméra cachée. Elle était face à sa découverte mais n’osait pas la prendre. Comme si ce petit bout de papier pouvait la consumer ou lui faire du mal. Elle le fixait attendant que l’improbable se produise. Quelques instants qui lui parurent des secondes, des clignements de paupières par dizaine et mais l’étiquette était toujours là. Comme si elle ne pouvait pas faire machine arrière. Elle ne disparaitrait pas comme le téléphone et les photos auparavant. Léa prit son courage à deux mains et attrapa le papier. Dessus, rien d’autre qu’un prix. « 19,99£ » des livres. L’étiquette venait d’Angleterre. Voilà la seule indication qu’elle avait et jamais au grand jamais, elle n’avait vu ce papier auparavant. Elle en mettait sa main à couper. Il ne s’agissait donc pas d’illusion mais plutôt de magie ou de quelque chose d’autre. Elle la tenait toujours entre ses mains lorsqu’elle eut une idée. Si cette étiquette avait fait le voyage dans un sens et qu’à priori elle venait d’Angleterre, peut-être qu’elle pouvait envoyer un message et savoir ce qu’il se trouvait de l’autre côté. Avec empressement, elle prit un post-it vierge collé sur son frigo ainsi que le crayon aimanté qui se trouvait à côté. Elle nota dessus toutes ses coordonnées et les différents moyens de la joindre. Son nom, prénom, adresse postale, son téléphone portable, ses mails et rajouta en dessous « Call-me please ! » Elle ne mit pas son numéro de fixe car celui-ci avait été englouti quelques minutes auparavant. Elle relut attentivement ce qu’elle avait écrit et déposa le papier vert fluo dans le fond de la coupe. Elle cligna aussitôt des yeux, car elle ne voulait pas attendre. Quand elle les rouvrit, il avait disparu. Il ne lui restait plus qu’à attendre.

Léa était restée toute la nuit face à sa coupe en espérant vainement une réponse. Voyant que rien ne se passait, elle était partie se coucher. Après une nuit courte et mouvementée, elle se leva et se dirigea vers la cuisine mais la coupe était désespérément vide. Elle attendit toute la journée, un appel ou un message mais rien ne se produisit. La jeune femme était désespérée. Cette solution aurait été si simple. Au bout de trois jours et comme elle n’avait reçu aucun nouvelle que ce soit par le biais de la coupe ou par les moyens de communication plus traditionnels. Léa commença des recherches sur internet. Elle découvrit que des milliers voire des dizaines de milliers de coupe semblables à la sienne existait de par le monde, de même que pour l’étiquette qu’elle avait retrouvée. Il s’agissait d’un modèle standard que l’on pouvait acheter dans toutes les librairies. Elle affina ensuite, son champ de recherches et mit des  annonces sur des sites anglais, se faisant passer pour une potentielle acheteuse d’une coupe semblable à la sienne. Mais elle fit choux blanc. Elle était pourtant sûre que de l’autre côté l’objet était une coupe semblable à la sienne. Son instinct le lui dictait. Mais quelques semaines passèrent et Léa dut se rendre à l’évidence, elle avait dû se tromper. Peut-être que l’étiquette de prix avait toujours été là ou qu’il s’agissait de tout autre chose. Elle avait envoyé d’autres messages par le biais la coupe, mais aucune réponse. Un jour, elle prit l’objet entre ses mains et à contre cœur, le posa sur une étagère dans sa penderie. Il fallait qu’elle passe à autre chose.

 


 

L’obscurité avait envahi le magasin de Thelma. Après avoir déposé ses trouvailles dans la caisse et rangé les quelques cartons qui trainaient, la vieille femme avait mis son manteau et était partie. Elle ne s’était même pas rendue compte que son étiquette avait été remplacée par un petit papier vert fluo, lui demandant de la rappeler. Elle avait descendu la grille de son magasin et bloqué le verrou. Elle avait ensuite pris la direction de sa voiture garée sur un parking quelques rues plus loins. Elle travaillait dans ce quartier depuis toujours et elle était ici comme chez elle. Elle déambula sur le trottoir, l’esprit tourné vers le repas qu’elle comptait confectionner pour elle et sa chatte Daisy. Et ne fit pas attention à la voiture qui arrivait en zigzaguant sur la route. Thelma n’eut pas le temps de souffrir. Le choc fut tellement violent qu’il la tua sur le coup. Comme elle n’avait ni famille ni descendance, son magasin fut vidée  quelques mois plus tard. Les antiquités qu’elle avait accumulées durant toutes ses années, bradées au tout venant. Parmi elles et au milieu de tout un tas d’autres vieilleries, une coupe en plâtre d’imitation grec avec deux grosses anses.

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Publié par aulivia - dans concours
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